Produits menstruels - Genre, santé et environnement
Les femmes et personnes menstruées utilisent différents moyens pour recueillir le sang menstruel. Les produits commerciaux à usage unique sont une option pour bon nombre de personnes, représentant une industrie de 47 milliards de dollars (USD) en 2023. Ces produits sont en contact avec la vulve et les muqueuses vaginales, dont la perméabilité est 3 à 4 fois plus importante que celle de la peau. Pourtant, il y a fort peu d’études faisant le lien entre la présence des produits potentiellement toxiques dans les produits menstruels et la santé. Une revue systématique ayant examiné les données disponibles sur les produits menstruels en tant que source d'exposition aux substances chimiques a repéré seulement26 études indépendantes dont uniquement trois ont été effectuées sur des sujets humains.
Malgré cette absence d'études, la présence de toxiques dans les produits menstruels est démontrée et les effets délétères de ces produits sur la santé ont été documentés dans d’autres contexte, ce qui devrait suffire pour appliquer un principe de précaution, en attendant que d’autres recherches soient menées sur la toxicité des produits menstruels.
Ci-dessous, nous avons sélectionné des faits saillants tirés de ce rapport.
Quelle toxicité?
PLASTIFIANTS
Des composés plastifiants sont ajoutés aux produits menstruels à usage unique pour améliorer la flexibilité et la douceur du plastique. Ces composés sont libérés de façon constante et des effets délétères sur la santé ont été documentés. Par exemple :
Puberté précoce chez les filles
Détérioration du système reproducteur
Augmentation du risque du cancer du sein et de l'ovaire
PESTICIDES
La présence dans les produits menstruels de pesticides a été quantifiée. Il existe beaucoup de données sur l’impact des pesticides sur la santé, cependant peu ont exploré le lien entre la présence des pesticides dans les produits menstruels et la santé des personnes qui les utilisent. Des pesticides ont été associés à divers problèmes de santé, notamment :
des irritations cutanées
le cancer
COMPOSÉS ORGANIQUES VOLATILS
Les composés organiques volatiles (COV) ne sont pas ajoutés volontairement aux produits menstruels, mais résultent plutôt du processus de fabrication. De fait, des COV sous différentes formes ont été détectés dans 100 % des serviettes menstruelles et des tampons analysés.
L’exposition aux COV peut poser un risque pour la santé notamment :
risque de cancer
risque d'irritations de la peau
DIOXINES ET FURANNES
Les dioxines et les furannes sont des contaminants résultant du blanchiment au chlore, un processus largement employé dans les industries du coton et de la rayonne. Ces contaminant ont été détectés dans les produits menstruels tels que les tampons et des serviettes menstruelles. Les effets néfastes sur la santé incluent :
l'endométriose
la ménopause hâtive
des problèmes de fertilité
le cancer
Le rapport complet des toxiques et des effets sur la santé contient d'autres informations sur les polymères superabsorbants, les métaux lourds et les parfums. Rappelons qu'il y a un manque flagrant d'études qui portent sur la sécurité de l'utilisation des produits menstruels.
Impact environnemental
Les protections menstruelles à usage unique généreraient 2 700 tonnes de déchets par an au Québec.
Les serviettes menstruelles sont composées de 90 % de plastique, ce qui représente 2g de plastic non-biodégradable par serviette, dont la décomposition peut prendre entre 500 à 800 ans.
Iniquité
L’expression « pauvreté ou précarité menstruelle » désigne l’incapacité à acquérir les produits menstruels nécessaires, le manque d’éducation sur l’hygiène, la rareté des installations sanitaires sécuritaires pour se changer et pour se laver les mains, et une gestion insalubre des déchets.
Le Réseau d'action pour la santé des femmes, partenaire de l'Institut Santé et société et membre du Collectif Genre, santé et environnement, mène un projet sur l'iniquité menstruelle : Le Fil Rouge
Réglementation
Le rapport sur les produits menstruels permet de constater qu’on n’en sait pas suffisamment sur la toxicité de ces produits utilisés régulièrement par des personnes menstruées. Le principe de précaution, basé sur la proactivité, la réaction proportionnée, la prise en compte des marges d’erreur écologiques, le report du fardeau de la preuve, le souci des générations futures et des espèces non humaines et le paiement des dettes écologiques serait une forme pratique de l’application du droit à l’accès aux informations et aux produits sains. Ce principe appliqué aux produits menstruels permettrait de reconnaître que la connaissance de la toxicité des produits visés (marge d’erreur) est insuffisante et que la réglementation devrait protéger de façon proactive les générations vulnérables et les générations futures en reportant le fardeau de la preuve sur les fabricants. La réglementation en place est insuffisante, laissant les personnes menstruées, plus particulièrement en situation de vulnérabilité économique, sans protection contre les substances toxiques des produits menstruels disponibles sur le marché.